Le retour du beau temps annonce souvent le retour au jardinage. Après de longs mois d’hiver, plusieurs personnes profitent des premières journées chaudes du printemps pour nettoyer leur terrain et le préparer pour la saison estivale.
C’est exactement ce qu’a fait Mme Louise, 65 ans. Motivée par une belle journée ensoleillée, elle entreprend une grande remise à neuf de son aménagement paysager. Pendant plusieurs heures, elle alterne entre le désherbage, la plantation de fleurs et le nettoyage du terrain. La majorité de ces tâches sont réalisées dans des positions prolongées de flexion lombaire, c’est-à-dire penchée vers l’avant, parfois accroupie ou à genoux.
Tout se déroule relativement bien. Elle ressent un peu de raideur, mais aucune douleur importante. En fin de journée, elle déplace un sac de terreau. Au moment de se pencher et de soulever la charge, une douleur vive apparaît soudainement dans le bas de son dos. Résultat : elle se redresse difficilement et ressent une sensation de blocage, puis une douleur importante se manifeste lors des changements de position.
Sa conclusion est immédiate : « Je me suis blessée en soulevant le sac. » Pourtant, le sac n’est généralement pas le véritable problème. Dans bien des cas, la douleur lombaire aiguë survient à la suite d’un phénomène biomécanique progressif qui a commencé plusieurs heures auparavant.
Pourquoi le jardinage peut-il provoquer une douleur lombaire?
Le jardinage implique fréquemment des périodes prolongées où le tronc est en flexion. Ces mouvements ne sont pas dangereux en soi, puisque le corps humain est conçu pour se pencher, soulever des charges et bouger. Le problème apparaît davantage lorsqu’une posture est maintenue longtemps, particulièrement en flexion répétée ou soutenue.
Lorsque le bas du dos demeure penché vers l’avant pendant une période prolongée, les muscles lombaires ne portent pas indéfiniment toute la charge. Progressivement, une plus grande portion de cette charge est transférée vers les structures passives de la colonne lombaire, notamment les ligaments postérieurs, les capsules articulaires, certaines structures discales ainsi que les tissus de soutien environnants.
Ces tissus possèdent des propriétés viscoélastiques. Concrètement, lorsqu’ils sont soumis à une tension maintenue, ils subissent un phénomène appelé fluage viscoélastique (viscoelastic creep ou passive tissue creep). Ainsi, en présence d’une charge constante, le tissu continue de se déformer graduellement avec le temps.
En d’autres mots, plus vous restez longtemps penché, plus certaines structures de soutien lombaires s’allongent temporairement pour supporter la charge.
Les effets du fluage viscoélastique sur le bas du dos
Le fluage viscoélastique entraîne plusieurs changements biomécaniques temporaires qui peuvent expliquer pourquoi une douleur lombaire apparaît souvent en fin de journée.
- Augmentation temporaire de la laxité tissulaire
Les ligaments, capsules articulaires et autres structures passives deviennent momentanément moins rigides. Cette diminution de rigidité réduit temporairement leur contribution à la stabilité de la colonne lombaire. - Modification des signaux sensoriels provenant des mécanorécepteurs
Les tissus lombaires contiennent des mécanorécepteurs qui informent le système nerveux sur la position, la tension et le mouvement. Lorsqu’ils sont soumis à une tension prolongée, leur signal peut devenir temporairement moins optimal. En pratique, le cerveau reçoit une information légèrement moins précise sur la position et les contraintes appliquées au bas du dos. - Altération secondaire du contrôle moteur
En raison des modifications mécaniques et sensorielles, les muscles stabilisateurs peuvent répondre de façon moins efficace à une demande soudaine. Par exemple :
• Se relever rapidement
• Pivoter pour attraper un outil
• Soulever un sac de terre ou un pot plus lourd
Le corps n’est pas « brisé », mais il devient temporairement moins efficace pour gérer une charge additionnelle. - Tolérance réduite à une charge soudaine
Un mouvement qui aurait été parfaitement toléré en début de journée peut devenir beaucoup moins supportable après plusieurs heures passées en flexion. Le mouvement final agit souvent comme déclencheur sur un système déjà temporairement plus vulnérable.
Est-ce que cela signifie qu’il y a une blessure grave ?
Heureusement que non, pas nécessairement. Une douleur lombaire aiguë survenant après le jardinage correspond fréquemment à une irritation mécanique aiguë accompagnée d’une réponse protectrice. Cela peut inclure une douleur locale importante, une sensation de blocage, des spasmes musculaires ou une difficulté à se redresser. Même si la douleur est intense, cela ne signifie pas automatiquement qu’une structure est gravement endommagée. Dans plusieurs cas, le corps augmente simplement la tension musculaire locale afin de protéger une région devenue momentanément plus sensible.
Comment prévenir les douleurs lombaires au jardinage
- Alternez régulièrement vos positions
Évitez de rester longtemps penché dans la même posture. Alternez entre la position debout, accroupie, à genoux ou en marche. Changer fréquemment de position est souvent plus utile que de chercher la posture parfaite. - Prenez des micro-pauses
Aux 20 à 30 minutes, redressez-vous complètement, marchez quelques minutes et mobilisez doucement votre tronc et vos hanches. - Répartissez les travaux sur plusieurs jours
Après un hiver souvent plus sédentaire, le corps n’est pas toujours prêt à tolérer plusieurs heures intensives de jardinage en une seule journée. - Soyez prudent avec les charges en fin de journée
Les sacs de terre, pots lourds et pierres décoratives sont souvent manipulés lorsque les tissus lombaires sont déjà plus fatigués. Rapprochez les charges du corps, pliez davantage les hanches et les genoux, puis évitez les rotations brusques lorsque vous soulevez une charge. - Utilisez des outils adaptés
Les outils avec un manche long, les bancs de jardinage ou les coussins pour les genoux peuvent réduire le temps passé en flexion prolongée.
Quand consulter en chiropratique ?
Si la douleur persiste, limite vos activités ou revient régulièrement après des tâches similaires, une évaluation peut être pertinente.
Une consultation chiropratique permet d’évaluer les facteurs biomécaniques impliqués, d’identifier les mouvements ou les charges moins bien tolérés, et d’optimiser la récupération.
Selon la présentation clinique, les soins chiropratiques peuvent contribuer à :
• Diminuer la douleur
• Améliorer la mobilité articulaire
• Réduire les tensions musculaires protectrices
• Favoriser un retour plus rapide aux activités quotidiennes
Des recommandations personnalisées concernant les postures, la progression des activités et les exercices peuvent également aider à prévenir les récidives. Consultez rapidement si la douleur descend sous le genou, ou s’accompagne d’engourdissements, de faiblesse ou d’une incapacité importante à fonctionner normalement.
En résumé
La douleur au bas du dos après le jardinage n’apparaît pas toujours à cause du dernier mouvement effectué. Bien souvent, elle résulte d’une accumulation progressive de contraintes mécaniques liées à plusieurs heures passées en position penchée, accroupie ou en flexion prolongée. Le soulèvement final n’est souvent que l’élément déclencheur d’un système déjà temporairement plus vulnérable.
Avec quelques ajustements simples, une meilleure gestion des charges et un retour progressif aux activités printanières, il est souvent possible de profiter du jardinage, sans passer les jours suivants avec un sac chauffant sur le bas du dos.
Dre Emmanuelle, votre chiropraticienne à Mirabel

